
En cette année 1064, Edouard le Confesseur roi d'Angleterre reçoit en son palais (vraisemblablement celui de Winchester) son beau-frère le comte de Wessex Harold Godwinson, principal représentant du parti anglo-saxon à la succession au trône. Au cours de cet entretien, il le charge de se rendre en Normandie avertir son cousin, le duc Guillaume, qu'à défaut d'héritier direct, il a choisi comme successeur. Il confirmera ainsi la promesse formelle que le roi aurait faite au duc de Normandie plusieurs années auparavant, en 1051. Scènes 1 à 6
Mais le navire de Harold dérive. Au lieu d'aborder sur les côtes normandes, ses compagnons et lui accostent près de l’embouchure de la Somme sur les terres inhospitalières du comte Guy de Ponthieu. Ce dernier entend bien profiter de son droit seigneurial de bris de naufrage.
Le comte Guy 1er de Ponthieu gouverne son comté depuis la mort de son frère Enguerrand II, tué en 1053 en luttant contre Guillaume de Normandie. A la suite de cet épisode, ce comté devint vassal du duché normand.
Le duc de Normandie est contraint de négocier la libération d’Harold, retenu au château de Beaurain dans la région d’Abbeville, contre rançon : un beau château en bordure du duché et les terres qui en relèvent! Scènes 7 à 13
Harold est maintenant l'hôte du duc de Normandie, qui l'invite dans son château de Brionne. Il lui accorde une audience solennelle très animée. Harold raconte peut-être son naufrage et parle de la mission dont l'a chargé le roi Edouard. Quant à Guillaume, on imagine qu’il lui fait part de sa décision de ceindre la couronne d’Angleterre.
Pour compenser habilement la déception possible d'Harold, on assure que Guillaume lui offrit sa fille aînée en mariage. Sous un portique une adolescente reçoit d'un clerc tonsuré un léger soufflet, signe éventuel de confirmation de fiançailles.
Par la suite, le duc convie Harold à participer à l’expédition militaire qu’il va mener contre Conan II duc de Bretagne. Franchissant la baie du Mont-Saint-Michel, reconnaissable à son église construite sur le roc, les troupes assiègent Dol, Rennes puis Dinan. Enfermé dans les fortifications de bois vulnérables de cette ville, Conan ne tarde pas à capituler et remet de la pointe de sa lance les clefs de la ville à son vainqueur.
Durant cette campagne, le duc Guillaume tient à rendre hommage à Harold pour sa vaillance et lui donne les armes. Nouveau chevalier normand, il est désormais l'homme lige de Guillaume. Scènes 14 à 21
Enfin, le comte de Wessex prête serment de fidélité au duc de Normandie sur les reliques de la cathédrale de Bayeux. Les témoins de cette scène, très attentifs, soulignent par l’expression de leurs visages et leurs index levés, la gravité de cet engagement sacré. Scènes 22 à 24
Lié par ce fatal serment, Harold regagne l'Angleterre où il rencontre le vieux roi Edouard, qui fatigué par la maladie décède dans la nuit du 4 au 5 janvier 1066. Celui-ci est inhumé dans l'abbaye de Westminster tout juste terminée et consacrée à Saint-Pierre apôtre le 28 décembre 1065.
Au lendemain même des funérailles, le Witangemot, l’assemblée des notables, décide d’offrir à Harold la couronne d’Angleterre. En dépit de son serment, il accepte et règne sous le nom de Harold II. Il est couronné par Stigant, archevêque de Cantorbéry, le 6 janvier 1066.
Mais bientôt, un signe de mauvais présage apparaît dans le ciel : le passage d’une étrange étoile à la chevelure étincelante. Il s’agit de la comète de Halley visible une semaine entière du 24 avril au 1er mai 1066. Scènes 25 à 33
Apprenant la nouvelle, le duc de Normandie sollicite les conseils de son demi-frère Odon de Conteville, évêque de Bayeux, qui lui suggère de préparer une flotte et de se rendre en Angleterre afin de punir ce parjure.
A la mi-août 1066, le regroupement de la flotte s’effectue à l’embouchure de la Dives et dans les ports environnants. Mais la traversée est reportée jusqu’au soir du 27 septembre 1066.
Au cours de cette nuit-là, près de quatre cent navires prennent le large avec près de quinze mille hommes et deux mille chevaux à bord. Parmi les bateaux se distingue le Mora, navire ducal offert par la duchesse Mathilde, qui porte au sommet de son mât un fanal béni par le pape, le fameux vexillum sancti Petri. Scènes 34 à 38
Au matin du 28 septembre 1066, la flotte accoste au petit port de Pevensey dans le Sussex et les Normands se dirigent vers Hastings où ils prennent position. Scènes 39 à 47
Les troupes de Harold, quant à elles, viennent de remporter dans la région de York la victoire sanglante de Stamford Bridge le 25 septembre 1066 sur les Norvégiens alliés à Tostig, le propre frère du roi. Elles rejoignent donc Hastings, réduites et épuisées.
Au matin du 14 octobre 1066, la bataille décisive s’engage. Conformément aux usages du temps Guillaume armé du bâton de commandement, prononce l’habituelle harangue du chef.
Précédés par des archers, les cavaliers normands galopent en une longue chevauchée et fondent sur les fantassins anglais protégés par un mur de boucliers. Au cours du combat, les frères du roi, Lewine et Gyrd sont tués. Les morts sont si nombreux qu’ils envahissent la bordure inférieure de la Tapisserie. Mais la lourde cavalerie normande s’effondre au pied d’une colline entourée d'un marécage renforcé de pieux pointus. Ce ravin sanglant sera prénommé plus tard la Malfosse. C’est sur cette colline que se sont regroupés les Anglais. Les Normands se replient dans le désordre. L’issue du combat reste indécise. Afin de rassurer les siens, le duc Guillaume est contraint de relever son casque et de se faire reconnaître de ses soldats. Auprès de lui, Eustache de Boulogne, tenant entre ses mains le gonfanon ducal, confirme qu'il s'agit bien du duc Guillaume en le désignant du doigt. Les Normands reprennent alors courage et se lancent dans un assaut final. Malgré la protection de ses troupes d’élite, Harold est atteint mortellement d’une flèche dans l’œil droit. La retraite des troupes anglaises prend alors la forme d’une véritable débandade. Scènes 48 à 58
Ainsi s’achève brutalement le récit brodé sur la Tapisserie, au soir du 14 octobre 1066.